Pourquoi ta meuf ne parle jamais de musique avec toi

Partons d’un constat très simple : fermez les yeux (détendez-vous-respirez-faites-moi-un-virement) et demandez-vous : quelles sont les personnes dont vous respectez l’opinion musicale ? Qui, dans votre entourage, a le plus de légitimité à passer de la musique en soirée ? Qui passe pour avoir la culture musicale la plus impressionnante et la plus cool ? Plus généralement, qui, lorsque vous êtes avec vos potes, parle de musique et vous fait découvrir de la musique ? Qui, encore, écoute des musiques « inécoutables », loin de la pop et autres mélodies mainstream ? C’est, bon, vous les avez ? Maintenant, essayez de répondre à cette dernière question : ces personnes là sont-elles, majoritairement, des hommes ? Si vous pouvez répondre par l’affirmative à cette dernière question, alors bienvenue, c’est exactement le cœur de notre sujet.

Si vous avez lu notre article de la semaine dernière, vous êtes au courant du déséquilibre abyssal qu’il existe lorsque l’on se penche sur des questions de genre au sein des artistes musicaux. Ce n’est pas nouveau, notre histoire musicale est sexiste et a effacé les artistes féminines qui ont travaillé à sa gloire. En 2019, ce fossé est loin d’être comblé et les statistiques demeurent accablantes : on peut rappeler qu’en 2015, parmi les compositeurs inscrits à la SACEM, seulement 8% étaient des compositrices, en 2016, on ne trouve que 10% des scènes de musiques actuelles dirigées par des femmes, et les enseignantes de musique dans les conservatoires ne représentent que 13% du corps professoral en 2012. Plus globalement, si l’on en croit les statistiques de spotify en 2019, sur la plateforme, seulement 22,2% des artistes streamés sont des femmes.

Dans les faiseurs.euses de musique, le déséquilibre est toujours présent. Mais qu’en est-il lorsque l’on passe de l’autre côté de la scène, vers le parterre, et que l’on s’intéresse au public ? La consommation musicale est-elle autant genrée que ne l’est sa production ? Hommes et femmes écoutent-ils autant de musique l’un que l’autre ? Et surtout, ont-ils la même pratique de l’écoute musicale et la même légitimité dans l’élaboration de leurs goûts ?

« Why your girlfriend has bad taste in music ? »

La semaine passée, en prévision des réjouissances estivales, Topito nous gratifiait d’un montage sur les connard.sses de festivalier.ères que nous sommes. Ce tableau à double entrée campe chaque genre dans des attitudes bien définies. Si l’on est un homme, on peut s’identifier aux travers virils du festivalier : celui qui en profite pour se faire un peu de moula ou encore pour se fracasser la tête et montrer qu’il encaisse, et si l’on est une femme, on se reconnaît dans la superficialité de « celle » dont le stéréotype souligne que, décidément, elle n’y connait rien à la musique : elle confond le festival avec une fashion week, ou elle fait semblant de connaître un groupe en s’affichant sur les épaules de son pote. Ce bouquet de stéréotypes fleure bon les préjugés : ce public de festival, pour la moitié féminin, a tendance à prendre avec superficialité un art dont la complexité les dépasse.

Il fait écho aux plus belles interrogations métaphysiques qu’a pu produire internet sur le sujet, questionnements dont on ne résiste pas à vous mettre quelques extraits :

D’où vient ce préjugé ? Pourquoi 51% de la planète aurait, à quelques exceptions près, une oreille musicale pauvre, et les 49% restants seraient plus aptes à apprécier la musique ? Si le public des grands festivals est à peu près équitablement genré, où sont les femmes dans les concerts de drone, de black métal ou de n’importe quelle musique de niche ? Où sont-elles également dans les rédactions qui font de la critique musicale ?

Les filles écoutent plus de musique que les garçons

Pourtant si l’on en croit une étude menée par Sylvie Octobre sur des enfants et des adolescents de 11 à 17 ans, les filles profitent de trajectoires culturelles plus favorables que les garçons, dont la musique fait partie. En effet, les filles bénéficient de ce qu’on a appelé en sociologie la « culture de la chambre », à savoir le développement d’activités qui sont réalisables seules, dans le cadre de la maison familiale. Dès 13 ans, on constate que la moitié d’entre elles écoutent la radio et de la musique tous les jours, alors que cela ne concerne que 27% de leurs homologues masculins. Elles se révèlent aussi être durablement davantage attachées à cette consommation musicale que les garçons, comme le montre cette enquête qui mesure le pourcentage de sujets déclarant que la musique leur manquerait beaucoup s’ils/elles en étaient privé.e.s :

Les filles sont aussi plus précoces quant à la fréquentation des concerts et des spectacles : à 11 ans, 46% d’entre elles ont déjà fait cette expérience contre 36% des garçons. Sylvie Octobre explique alors que l’exemple de la musique est central pour comprendre les dynamiques de constitution genrées de l’identité : elle mobilise ce que l’on appelle un ensemble de « savoir minuscules » qui sont des attributs perçus comme féminin. Ces « savoirs minuscules » regroupent la connaissance des genres et des sous-genres musicaux, ainsi que des univers qui leurs sont rattachés (codes vestimentaires et capillaires, connaissance des paroles de chanson et mêmes des chorégraphies qui les accompagnent).

Selon les études de Sylvie Octobre, ce goût pour la culture est l’objet d’une transmission mère-fille. On constate en effet que le facteur le plus discriminant en terme de trajectoire culturelle est le diplôme de la mère : ce sont les mères qui amènent les enfants au spectacle, au concert, au musée. Ce sont elles aussi qui vont faire écouter de la musique à leurs enfants. Le lien culturel est alors profondément « féminin », et les filles bénéficient de davantage d’attentions éducatives culturelles. A l’issu de cette étude, on constate alors que les ¾ des sujets présentant une trajectoire culturelle très favorable sont des filles, et les ¾ des sujets présentant une trajectoire culturelle très défavorable sont des garçons.

Dès lors, pourquoi, alors même que les filles ont dès leur plus jeune âge un contact plus fouillé et durable à la musique que les garçons, l’on retrouve, passé l’adolescence, une asymétrie renversée dans la légitimité à écouter et à parler de musique ?

« Music always comes from men »

Dans un article du Telegraph de 2014, Bibi Lynch se demande : « Are men more passionate about music than woman are ? » alors qu’elle interviewe une photographe qui lâche, au détour d’une conversation en off, que « la musique vient toujours des hommes n’est-ce pas ? ». Cette photographe lui explique ensuite que « [ses] goûts musicaux ont été formés par des hommes », par son père qui était passionné de jazz, puis son ex-mari qui écoutait de l’opéra. L’autrice de l’article, après un premier mouvement de recul, se met à réfléchir sur celles et ceux qui lui ont apporté sa propre culture musicale et conclu :

A part ma mère (…) je ne crois pas qu’aucune femme m’ait fait « découvrir » de nouvelles musiques. J’ai fréquenté des hommes A&R et journalistes musicaux – et d’autres qui n’avaient rien à voir avec l’industrie musicale – qui m’ont fait connaître des sons/artistes/groupes totalement différents, mais est-ce que cela a déjà été le cas avec une de mes amies femme ? Pas une seule fois.

En revanche, je me souviens être étendue sur un lit avec mon ex, alors qu’il jouait le sublime titre de Donny Hathaway « Someday We’ll All Be Free », et pleurer d’émotion […]. Ou encore d’écouter une compil que mon ami Graham m’avait faite, à la suite de quoi j’ai cherché/acheté/écouté absolument TOUTES les chanson qu’Anita Baker, Prince et Phyllis Hyman avait enregistrées. Et même, pas plus tard que ce lundi, un ami qui m’a suggéré d’ajouter « Shelter Song » de Temples à ma playlist, et je l’écoute en boucle depuis.

Pourquoi ça ? Pourquoi est-ce que ce sont les hommes qui font ma musique ? Enfin, pas vraiment, c’est moi qui forge mes goûts musicaux, mais pourquoi est-ce que j’ « absorbe » plus facilement ceux des hommes que ceux des femmes ?

Combien de femmes peuvent se reconnaître dans ce témoignage et avoir intégré l’idée que la part intellectuelle et légitime du goût musical est portée par des hommes ? Si on essaie de tirer les fils de la construction de cette légitimité du goût musical, on s’aperçoit bien vite de la complexité qui la sous-tend. On y retrouve à la fois des mécanismes de la domination masculine inhérents à notre société, mais aussi des dynamiques propres à la perception sociale de la musique.

La musique : un espace privilégié de la domination masculine

Dans La Distinction, Bourdieu explique qu’il « n’y a rien qui, autant que les goûts en musique, permettent d’affirmer sa classe, rien par quoi on soit aussi infailliblement classé, c’est bien sûr qu’il n’est pas de pratique si classante ». Dans cette phrase, il serait possible de remplacer « classe » par « genre ». Dis moi ce que tu écoutes, et je te dirai à quel genre tu es assigné.e. Cet aspect social « infaillible » et singulier du goût musical, Bourdieu l’explique par le fonctionnement même de la musique :

Mais c’est aussi que l’exhibition de la « culture musicale » n’est pas une parade culturelle comme les autres : dans sa définition sociale, la « culture musicale » est autre chose qu’une simple somme de savoirs et d’expériences assortie de l’aptitude à discourir à leurs propos. La musique est le plus spiritualiste des arts de l’esprit et l’amour de la musique une garantie de « spiritualité ».

Autrement dit, la musique a cela de spécial face aux autres pratiques culturelles, qu’elle est garante dans l’imaginaire commun d’une des formes les plus élevées de notre intellect. Cela en fait donc un espace privilégié d’expression de la domination masculine.

La naturalisation des goûts musicaux

De fait, dans l’étude de Sylvie Octobre, il existe un dernier facteur de distinction des pratiques musicales entre filles et garçons : celui du genre de musique. La sociologue constate donc que les filles, de 11 à 17 ans, vont écouter de la chanson française, du R’nB ou du rock français pour les classes les moins populaires (ce qui ré-interprète leur goût pour la chanson), alors que les garçons, vont concentrer leur écoute musicale sur du rap, du hard-rock, du punk et du métal.

Ces deux « habitus » se retrouvent dans toutes les études récentes sur le partage genré des goûts musicaux. Selon la dernière enquête du ministère de la culture sur les pratiques culturelles des français, ces dispositions musicales qui sont mises en place dans l’enfance ne bougent presque pas à l’âge adulte. La musique la plus consommée par les femmes est la variété française et internationale, tandis qu’on retrouve un pourcentage significativement plus important d’hommes dans l’écoute du rap, de métal, de hard rock et de musique électronique.

Si cette répartition semble à ce point ancrée dans nos pratiques culturelles, c’est qu’elle est l’objet d’un discours naturalisant sur le genre. Marie Buscatto dans son article « La culture, c’est (aussi) une question de genre », explique que ces pratiques culturelles sont vécues par les protagonistes comme toutes naturelles. Pour les filles et les garçons qui font l’objet de l’enquête dans l’article, leur goût musical et leur genre de musique préféré est l’expression de leur intériorité profonde et de leur identité de genre pensée comme biologique. Ainsi, on s’aperçoit que si ce modèle est à ce point prégnant, c’est parce que ses mécanismes et ses dynamiques ne sont pas questionnés : ils paraissent invisibles tant ils sont marqués du sceau d’une évidence naturelle.

Des « savoirs minuscules » aux « savoirs nobles »

Cette évidence de naturalité répète toujours les mêmes mécanisme de la domination masculine : d’un côté les femmes auraient une approche sensible de la musique, par le « coeur », d’où leur amour pour les mélodies simples et les textes accessibles, et de l’autre les hommes auraient une approche intellectuelle de la musique, d’où leur capacité à écouter des musiques considérées comme complexes et leur légitimité à produire un discours rationnel dessus.

En effet, depuis leur plus jeune âge, les filles sont habituées à penser la musique à travers le prisme de « savoirs minuscules », qui sont perçus comme des savoirs secondaires. Alors que les hommes vont se saisir de la musique à travers ce que Bourdieu appelle la « noblesse » inhérente à la masculinité, c’est-à-dire le rassemblement d’un certain nombre de privilèges, notamment celui de l’assurance de la parole et la légitimité à la porter. Ces « savoirs minuscules » deviennent alors des « savoirs nobles », attributs virils par excellence.

Dès lors, il est plus facile de comprendre comment la musique tout particulièrement se constitue comme un terrain d’expression privilégié de la masculinité : c’est l’art le plus classant, perçu comme le plus valorisant du point de vue de l’esprit, dans lequel la masculinité peut affirmer des attributs qui lui sont accolés par un biais naturaliste : la capacité de rationalisation et d’intellectualisation de l’objet.

Cette dynamique, si elle prévaut dans le cadre de l’intime, au sein des familles comme des groupes sociaux, se confirme aussi dans le cadre professionnel. En effet, et ce sera là le dernier point de notre article, ce sont les hommes qui ont le monopole du discours dans le journalisme musical.

Les femmes : grandes absentes du journalisme musical

Si l’on se penche sur les chiffres, non seulement les femmes sont rares au sein des artistes musicaux, mais elles le sont encore plus dans la critique musicale. La critique musicale a derrière elle une longue histoire sexiste, et s’est construite autour de la parole des hommes et en la constituant comme un lieu d’attributs virils. En août 2018, la journaliste Jessica Hooper publiait une enquête sur la place des femmes dans le magazine Rolling Stone : « It was us against those guys », dont le titre parle de lui-même. Elle y interviewe les six premières femmes ayant réussi à se faire embaucher par le magazine dans les années 70, et les difficultés qu’elles y ont rencontrés. Elles y relatent les refus catégoriques de la part de leurs confrères d’accorder de la valeur à leur parole et le discrédit rapide dont elles ont été l’objet en étant comparées à des groupies ou des « fangirls ». L’obsession musicale d’un homme pour un groupe ou un musicien est conçue comme une forme d’expertise, alors que celle d’une femme est perçue comme superficielle et vénale.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’écart n’est pas prêt de se résorber. Un récent article d’André Doehring (Male Journalists as « artists » : The Ideological production of recent popular music journalism), montre même que la part des femmes journalistes musicales décroit depuis les années 80. A la fin des années 80 aux Etats Unis, elles étaient 23% à contribuer à la rédaction de critiques dans les magazines de musiques actuelles, elles représentent au début des années 2010 seulement 15% des contributeurs.trices. En 2015 en Allemagne, parmi les rédacteurs des magazines de musiques actuelles, seulement 1 sur 10 est une rédactrice et il n’existe aucune rédactrice en chef. Doehring souligne par ailleurs que c’est là une dynamique toute propre au journalisme musical, alors que les autres secteurs journalistiques voient la proportion de femmes au sein de leur rédaction se développer.

27 commentaires sur “Pourquoi ta meuf ne parle jamais de musique avec toi

  1. Fascinant, merci !
    Pour ma part, comme j’écoute FIP #éclectisme et que je fais des playlists à partir de ça, je fais nécessairement découvrir de la musique à ma famille…
    En revanche c’est rarement pris autant au sérieux que lorsque mon frère partage ses groupes d’électro préférés.
    Y compris par moi : je me considère volontiers comme une ignare qui apprécie tout ce qu’on lui donne et ne sachant distinguer le bon du mauvais. C’est faux puisque je suis loin de tout aimer, et que je peux aisément hiérarchiser mes goûts.

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    1. On touche là à la faiblesse de la pensée de l’article.
      Sans nier la véracité du propos de l’article, donc que le goût de certaines femmes est dévaluée CAR elles sont des femmes et pour les raisons avancées par l’article, on ne peut néanmoins pas dire que la proposition « TOUTES les femmes ont une sensibilité pour la musique » (idem pour la proposition « TOUS les hommes ont une sensibilité pour la musique ») soient vraie, vérifiable et vérifiée.
      Par conséquent, quand on n’écoute pas les recommandations d’une femme, ça peut ne pas être les recommandations de la femmes qu’on n’écoute pas, mais les recommandations d’une personne qui, dans les faits (aussi flous et relatifs que soient les relations humaines…), n’a pas une sensibilité proche de celle des autres… Et alors, le genre est secondaire par rapport à la sensibilité !
      Je rebondis sur votre exemple, chère Orane, je ne me permets pas de juger de la réalité de votre situation. Bien à vous.
      lapprenti

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  2. Moi c est carrément tout le contraire de ce que cette article milite
    Ma femme me fait autant découvrir ces groupes de musique que moi les miens

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      1. cet article n’est en aucun cas une enquête sociologique, il n’y a rien de scientifique et que de la rhétorique. Dans la réalité, la société change et il y a de plus en en plus de musiciennes, plutôt que de s’en réjouir les auteurs de ce délire préfèrent accuser « les hommes », à la mode du féminisme 2.0 made in USA. Ca permet de semer la discorde tout en désespérant la société, car il n’y a aucun espoir à ce faux féminisme qui pousse à la guerre des sexes sans formuler d’autre proposition politique.que la parité dans les institutions bourgeoises.

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  3. Article brillant qui éclaire d’un jour nouveau cette hiérarchisation violente des goûts musicaux que j’ai toujours ressentie, alors que ce n’était pas le cas dans les autres domaines artistiques.

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  4. Seulement 8% de femmes parmi les composit.eur.rice.s enregistrées à la sacem et c’est clairement dû à une domination masculine intrinsèque à notre culture, et pas à une tendance naturelle.

    Les filles arrêtent beaucoup moins l’école que les garçons, font plus d’études supérieures que les garçons, et sont plusq diplomées que les garçons, mais bizarrement cela n’a aucun rapport dès lors qu’on constate que les enseignants de conservatoire sont tous des hommes. C’est clairement dû à l’oppression.

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  5. J’étais tentée de donner moi aussi un exemple perso…mais bon il paraît que ça ne se fait pas…Restons donc dans les limites de CEQUISEFAIT.

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  6. Pour répondre à un peu tout le monde : il est peut-être bon de rappeler que la sociologie étudie des pratiques communes, à partir desquelles elle établie des statistiques, pour relever des dynamiques dont les individus s’écartent plus ou moins, mais qui sont opérantes dans le sens qu’elles pointent un fonctionnement global et des rapports de domination. Ainsi, le cas individuel ne vaut pas pour vérité, qu’il confirme les tendances dévoilées par la sociologie ou les infirme.
    Néanmoins, un espace de commentaire est un espace de partage, et la sociologie nous rappelle souvent à notre propre vie. Ainsi, dans le cadre des commentaires, vous êtes les bienvenu.e.s à partager sur votre vécu par rapport à cette question qui nous concerne toustes.

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    1. La sociologie étant l’étude des faits sociaux, les statistiques (et notamment celles de Pierre Bourdieu) se situent plutôt du côté d’une sociologie structurale, qui considère notamment les excédents/déficits de pouvoir (politique, économique…) de certains individus sur les autres.

      À ce titre, si les statistiques permettent de dégager des tendances structurelles (puisqu’il serait absurde de considérer que ces écarts statistiques découleraient de choix « individuels »), cela ne veut évidemment pas dire que tous les individus (ici selon leur genre) correspondraient à une tendance majoritaire, ni qu’un individu pourrait correspondre à 100% à un questionnaire.

      Je ne veux évidemment pas vous dire comment gérer cet espace de commentaires, mais je me permettais d’apporter un complément d’information. Notamment pour répondre à certaines personnes qui se permettent de donner aux autrice·urs des leçons de scientificité (j’en suis bien désolé).

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  7. Je voudrais dire aux auteurs de cet article que s’ils veulent se donner des airs scientifiques il leur reste beaucoup de travail, et ensuite que leur obsession sur le genre est assez malsaine. C’est la bourgeoisie du XIXème siècle qui a fermé ses institutions aux femmes, adaptant le patriarcat romain et chrétien, le rationalisant, lui donnant un caractère scientifique (comme pour le racisme). Notre société hérite de ces institutions et de cette mentalité. Plutôt que de prendre en compte l’Histoire, vous préférez désigner « les hommes » comme l’ennemi et créer un antagonisme sans espoir et sans perspective. Votre faux féminisme est importé des USA et bien calibré dans ce sens. En le colportant vous devenez des agitateurs confusionnistes. Notre ennemi à tous, ce sont les capitalistes, l’oligarchie financière, appelez les comme vous voulez. Si vous trouvez la société machiste, faites comme les autres : faites changer les choses à votre niveau, positivement. Ou engagez vous pour de vrais combats comme l’égalité salariale ou la lutte contre la téléréalité et les media de masse. Mais de grâce arrêtez de semer la discorde.

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    1. En quoi pointer l’état actuel des choses, c’est-à-dire l’état patriarcal de notre société entretenu par le capitalisme, vous pose problème ? Je ne comprends pas. Est-ce parce que les auteurs ou autrices de l’article ne parlent pas du capitalisme ? Une étude et un article fouillés mettent effectivement en contexte des résultats avec l’Histoire…. mais pour qu’il soit accessible à des personnes qui n’ont pas (encore?) votre grille de lecture ni la mienne, remonter aux Romains c’est trop lourd.

      L’attaque ad homo etasuniensum terriblement éculée et sans la moindre justification m’attriste car elle ne va pas avec le début de votre commentaire. On direct un vieux réflexe pavlovien.

      Prendre conscience et faire prendre conscience d’une situation problématique c’est le prémisse à toute action. On ne peut combattre ce qu’on ne nomme pas (et encore, même Cthulhu et ses petits potes on les nomme mais on ne les combat pas), cet article est don utile pour sensibiliser les gens et préparer une action qui rencontrera moins de résistance.

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  8. Comment faire rentrer des ronds dans des carrés… Certains passage sont bien mais vouloir inlassablement tout ramener au conditionnement et au patriarcat diminue le propos. Effectivement les rares femmes passionnées de musique que j’ai pu rencontrer avaient une tendance à penser « comme des hommes » sur certains sujets.
    Sinon « [Certaines femmes] auraient une approche sensible de la musique, par le « coeur » » : n’ayez pas peur des mots, « superficialité » n’est pas toujours un terme péjoratif.

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  9. Cette tendance à « ressentir » la musique plutôt que l’analyser est pour moi beaucoup moins superficielle justement. Je ne supporte pas de parler musique avec beaucoup d’hommes parce que c’est comme si ce rapport à la musique n’avait aucune valeur pour eux, alors même qu’il peut me faire arriver aux mêmes conclusions voire à une compréhension plus juste de la volonté des artistes.
    Pour moi, la musique n’est plus une activité sociale, je préfère éviter ces situations de pouvoir et je l’apprécie beaucoup plus, seule.

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  10. super article. approche matérialiste bienvenue. Si il n’y a pas de différence globalement de « culture musicale » (dans un milieu donné disons); les hommes cherchent à définir leur petite expertise (technique; artistique) sur le sujet comme un moyen de compétition viriliste et et un moyen de domination; les femmes s’en foutent et les laissent à leur concours de « qui a la plus grosse » (ce qui ne veut pas dire qu’elles manquent de connaissance). Dans la pratique de la musique le constat de l’inégalité est le même; le stéréotype de la « meuf chanteuse » (ou chargée de prod; ou attachée de presse tant qu’à y être) a la vie dure, et et un bon 80% du milieu est composé de mecs. ne parlons pas du milieu de l’art.

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  11. Vous en avez jamais marre d’écrire/lire des conneries ? Non les musiciennes n’ont pas été effacé, vous êtes simplement incultes. Arrêtez de pleurnicher et bougez votre cul quand vous voulez arriver à quelque chose. Nous sommes positivement discriminées dans à peu près tous les domaines, ce à cause de quoi nous ne savons plus si nous y arrivons grâce uniquement à notre travail/mérite ou par favoritisme. [contenu modéré car vulgaire]

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  12. Je suis étonné par la teneur des commentaires, très laconiques pour les uns « d’accord »/ »pas d’accord » et très agressifs pour d’autres…
    Quels sont les enjeux, concrètement ? Quelle est la menace ?

    Pour résumer, les femmes aiment la musique, sont cultivées sur ce plan là (bref, sont les égales des hommes) et comme dans de nombreuses autres sphères sociales, elles sont inaudibles ou disqualifiées.
    Donc on a des phénomènes structurels qui relèvent du patriarcat (ça n’est pas un gros mot, on peut le dire), et il est heureux de savoir que cette situation est plus nuançable chez les un-e-s ou les autres.

    L’idée selon laquelle la lutte anticapitaliste prime bla bla (mais quand arrêtera-t-on d’entendre cette antienne machiste mais pas marxiste ?!?) oublie de signifier que le patriarcat a plusieurs milliers d’années de vie active contrairement au capitalisme qui existe depuis 6 siècles à tout casser. Que le capitalisme l’aie réinvesti ne change rien à l’affaire : « toutes choses égales par ailleurs », en moyenne, les femmes sont moins bien traitées que les hommes, que ce soit dans la sphère professionnelle, la cellule familiale, les relations sociales, etc. (bref, dans tous les domaines).

    « Discrimination positive » envers les femmes, really ? J’aurais besoin d’exemples concrets parce qu’à ma connaissance, ça n’existe pas ou de manière très marginale…

    Personnellement, les remarques que je ferais sont « sociologiques » :
    – jusqu’à quel point peut-on inférer que les logiques de distinction sociale classistes analysées par Bourdieu se reproduisent telles quelles en fonction du genre ? (de la même manière, sur le plan géographique, jusqu’où peut-on supposer que les évaluations des pratiques culturelles sont homogènes entre pays occidentaux ?)
    – Les données longitudinales ne sont-elles pas porteuses (contrairement à la tonalité de l’article) d’un certain optimisme concernant l’accès des jeunes générations à des fonctions plus variées au sein des professions artistiques ? (Christine Détrez a aussi publié des articles sur le sujet, tout comme Pierre Mercklé, et je crois qu’ils ont tout deux collaboré avec Sylvie Octobre)

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  13. Ne vous trompez pas d’ennemis non plus, Vincent. Le Capitalisme est le fils du patriarcat, et non l’inverse. J’en veux pour preuve que contrairement à ce que vous avancez, le patriarcat n’est pas une invention de la bourgeoisie du XIXème siècle, mais bien un système en vigueur depuis bien avant l’Antiquité en occident (et si vous ne me croyez pas, lisez Françoise Héritier). Le Capitalisme lui, ne s’installe et ne se codifie qu’à partir de la fin du Moyen-Age, en particulier avec la Réforme (je ne veux pas insulter votre culture et vous sommer de lire Max Weber, mais je vais le faire). Alors qui est l’enfant de qui, hein ? Et la discorde, on a pas besoin de la semer, elle est déjà là. Le patriarcat est une culture qui blesse les femmes, mais aussi les hommes à travers une conception toxique de la virilité. Il est où le vrai combat ?

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  14. Bonjour, navrée pour ceux que ça fâche, je vais parler un peu de moi. Je suis plutôt d’accord avec cette analyse. Je suis une femme passionnée de musique, je n’imagine pas vivre sans. Je suis fan de black metal, de musiques industrielles et expérimentales, je peux aussi très bien me retrouver à écouter FIP et enfin, je compose du dungeon synth. Ce dernier sous genre méconnu est encore plus masculin que tous les styles que je connaisse. Pour des centaines d’hommes qui en composent, je n’ai croisé qu’une poignée de femmes, peut-être cinq. Dans toutes ces niches, je regrette de ne pas voir davantage de femmes. J’ai tout découvert par moi-même, sur internet. Je pourrais être un contre-exemple parfait à ces tendances que vous soulignez. D’ailleurs je ne souffre pas du fait d’être une femme dans ces milieux, on me prend globalement au sérieux.

    Mais effectivement, je ne m’intéresse pas à l’aspect tehnique de la musique et je ne l’intellectualise pas. Je me contente de la vivre, de la ressentir. Et je ne me sentirais pas légitime à écrire des chroniques musicales. J’ai failli le faire à un moment, pour me raviser, car mon analyse manquait de cet angle d’attaque technique si cher à nos frères.

    Je dirais que la musique est aussi un moyen de transcender sa sensibilité, autant pour les femmes que pour les hommes. Et c’est cette richesse qui pour moi est la plus importante.

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  15. J ajouterais étant prof EPS dans un lycée que pour la plupart des filles la musique est associée à la danse, au fait de chanter en même temps, dans une pratique collective.
    Les garçons y viennent aussi stimulés par les filles mais sont à priori plus en retrait dans l écoute et le jugement ou l identification à l artiste.
    Nous sommes là dans une culture de jeunes,modelée par les médias ou l apport de l addulte est disqualifié. ..

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